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L’Hypertexte en littérature

Des étoiles sont interconnectées, figurant des liens hypertextes

Avez-vous déjà entendu parler de l’hypertexte de fiction ? Figurant parmi les procédés expérimentaux de l’écriture, point de convergence entre littérature et informatique, ce modèle marginal pourrait bien devenir un genre à part entière.

En quoi consiste l’hypertexte ? Pourquoi et comment l’exploiter en littérature ?

Qu’est-ce qu’un lien hypertexte ?

L’hypertexte désigne d’après Le Robert « une fonction permettant d’établir des liaisons directes entre éléments (texte, image…) ». Ce terme est majoritairement employé dans le domaine informatique, lorsque pour atteindre un autre document ou site web il faut cliquer sur un élément d’activation. Pour notre sujet, retenons l’idée de lien unissant deux supports.

À quoi ça correspond en littérature ?

L’écriture hypertextuelle est présente depuis plus longtemps que l’on pourrait y penser en littérature. Elle trouve ses racines en France, avec des théoriciens comme Roland Barthes et Gérard Genette. Les membres de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) se sont également intéressés à cette forme, bien que ses supports aient évolués depuis lors. Originale par sa structure et son potentiel créatif, l’écriture hypertexte rassemble des fragments de textes, liés les uns aux autres, pour constituer une fresque. Le déroulement de celle-ci est laissé à la liberté du lecteur. La notion d’« hypertexte » est un terme générique, plusieurs sous-genres se raccrochent à cette famille.

Sa lecture n’est pas linéaire ─ avec un début, un milieu, et une fin clairement énoncés ─ mais offre un espace multidimensionnel aussi nommé « hyperespace ». Composition n°1 de l’écrivain expérimental Marc Saporta, en est un bon exemple. Avec cette œuvre le lecteur est invité à permuter les pages, non reliées entre elles, comme s’il s’agissait d’un jeu de cartes. Grâce à ce procédé, ce n’est pas une histoire unique que l’on découvre, mais un nombre de combinaisons multiple. Chaque lecture correspond ainsi à une version nouvelle de l’histoire.

L’écriture hypertexte n’est pas limitée à un support, elle fonctionne aussi bien au format papier que numérique. Par exemple, le logiciel Twine permet de scénariser un récit en créant des embranchements ou des boucles à partir de blocs évoquant le schéma narratif. De ce fait, loin de brider la créativité littéraire, le numérique ajoute d’autres perspectives à ce procédé qui ne cesse de se renouveler.

Pourquoi et comment l’exploiter ?

L’écriture hypertexte est intéressante sur plusieurs plans. En premier lieu, elle offre une expérience supplémentaire au lecteur par rapport aux lectures linéaires. En effet, celui-ci devient acteur de l’histoire, et non plus simple spectateur. La lecture finale résulte donc d’une collaboration entre auteur et lecteur, réhabilitant l’importance de la sensibilité du public là où la voix de l’auteur prime traditionnellement.

En outre, l’hypertexte ajoute une dimension ludique à la lecture. Se rapprochant d’une enquête ou d’un puzzle, lire une fiction hypertexte devient un jeu interactif stimulant. C’est la raison pour laquelle la collection de romans « dont vous êtes le héros », adressé à la jeunesse, a rencontré autant de succès.

Enfin, on considère souvent l’expansion du numérique comme un retour en arrière en matière d’expérience de lecture. Les pages informatiques que l’on scrolle ne seraient pas si différentes du volumen que l’on déroulait au Moyen-Âge. Alors, le format hypertexte pourrait apporter une utilisation plus agréable sur un écran. Une utilisation propre à ce format. Sans longueur décourageante, simplement en survolant des pages interconnectées par des hyperliens.

Quelques exemples parmi les premières fictions hypertextes

Michael Joyce, afternoon, a story (1987)

Marc Saporta, Composition n°1 (1962)

Raymond Queneau, Un Conte à votre façon (1967)

Nous vous laissons le soin de vous renseigner sur ces œuvres pour découvrir leur singularité…

Crédit image : pixabay

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