10 erreurs de français qui échappent même aux meilleurs

10 erreurs de français qui échappent même aux meilleurs

Pour cet article, nous nous métamorphosons en Professeur à lunettes et craies pour tableau noir afin de débusquer dix erreurs parmi les plus subtiles. Si vous ne faites vous-mêmes pas de panique, beaucoup utilisent ces tournures incorrectes sans même se douter qu’il pourrait s’agir d’une erreur. Alors, saurez-vous répondre à notre quiz ?

1. « Mes merveilleux amours » ou « mes merveilleuses amours » ?

Intuitivement, on aurait tendance à opter pour l’accord au masculin. Et pourtant, « amours » au pluriel est traditionnellement féminin. Il fait partie de ces termes comme « délice » et « orgue » dont le pluriel est mouvant. Vous en doutez encore ? Jetez un coup d’œil à vos carnets de poésie et lisez « Pluriel féminin » de Charles Cros.

Notons toutefois la flexibilité de l'Académie française. Celle-ci indique bien que l’accord au féminin relève d’un usage soutenu de la langue. À l’inverse, l’accord masculin est quant à lui réservé au langage courant et populaire.

2. « À l’attention de » ou « à l’intention de » ?

Bien que vous ayez l’intention de vous adresser à quelqu’un, c’est bien à son attention qu’il faut le faire. L’erreur est fréquente en raison de la grande proximité phonique des deux termes, que l’on nomme paronymie. Veillez donc à bien relire vos courriers pour ne pas laisser s’échapper cette coquille qui pourrait agacer son destinataire !

Le Projet Voltaire précise néanmoins que l’expression « à l’intention » existe, mais elle est souvent mal employée. Son sens est plus fort et renvoie à l’honneur de quelqu’un de bénéficier de votre démarche.

3. « Autant pour moi » ou « Au temps pour moi » ?

Votre correcteur automatique se crispe déjà à la vue de cette locution mal orthographiée. Pour manifester votre embarras, vous écrirez bien « au temps pour moi » et non pas « autant pour moi ». Cette erreur est fréquente en raison de la signification obscure de cette expression. En fait, celle-ci provient du secteur militaire et désigne une erreur de mouvement d’un soldat, contraint de recommencer pour se recaler dans le temps.   Notons tout de même l’usage que vous pourrez faire d’ « autant pour moi ». Dans certains cas, nettement plus rare, vous pourrez l’utiliser pour demander un traitement similaire vous concernant. Son usage se justifie lorsque vous voulez réclamer la même quantité de nourriture que votre voisin par exemple.

4. « De par » ou « de part » ?

Pour cette locution, rappelons que « part » constitue en fait une version abrégée de « partie ». Or, nous utilisons cette expression comme synonyme de « grâce à ». Rien à voir donc avec l’idée de morcellement induite par « part ». Il existe malgré tout des exceptions. Les expressions « de part en part », « de part et d’autre », et « de la part de » expriment en effet un sens différent. L'Académie française se montre frileuse au sujet de cette locution, considérée comme source de confusion. Elle reconnaît celle-ci pour son sens premier, à savoir « de la part de », « au nom de », synonymes plus clairs. Difficile alors de prendre sa part au gâteau au milieu de cette bataille de sens…

5. « Je vous saurais gré » ou « Je vous serais gré » ?

Savoir et être ont malheureusement des formes très proches une fois conjugués au conditionnel. Compliqué alors de saisir la bonne formule pour cette expression manifestant la reconnaissance. L’expression à partir de laquelle cette dernière est calquée est « savoir gré ». C’est la raison pour laquelle nous écrivons bien « Je vous saurais gré ». Notons qu’ici « gré » est le même que dans des expressions « bon gré mal gré » ou « de gré ou de force ».

6. « J’attends que l’eau bout » ou « J’attends que l’eau bouille » ?

Peut-être que la seconde proposition vous a arraché un sourire en coin et rappelé votre français écorché et enfantin. Si au présent de l’indicatif le verbe bouillir se conjugue bien « bout » à la troisième personne du singulier, sa forme évolue au subjonctif. Or, dans ce cas de figure, la phrase est une proposition subordonnée complétive, et annonce donc un subjonctif. « J’attends que l’eau bouille » n’est pas seulement une phrase rigolote, elle est aussi correcte sur le plan linguistique !

7. « Eh bien ! » ou « Et bien ! » ?

Si nous rebutons parfois à employer à l’écrit l’interjection « eh », il s’agit pourtant bien du mot convenant à l’expression « Eh bien ! ». La conjonction de coordination « et » n’a pas sa place ici, puisque qu’il s’agit d’introduire une émotion, de la surprise par exemple. Remarquons qu’une fois encore un homonyme est à l’origine de la confusion.

8. « Des chaussures vert olive » ou « des chaussures verts olives » ?

Nous aurions pu ajouter « des chaussures vertes olive » ou encore « des chaussures vert olives » … L’accord des adjectifs de couleurs est souvent délicat et mérite qu’on s’y attarde. Dans l’exemple proposé, l’adjectif de couleur, « vert olive » est une référence claire à un nom, à savoir l’olive. Lorsque c’est le cas, celui reste alors invariable. « Orange », « marron », framboise », pistache » … Les exemples ne manquent pas ! Le Projet Voltaire indique par ailleurs un certain nombre d’exceptions dérogeant à cette règle. Ainsi, nous écrirons bien « des chaussures roses, pourpres, mauves ou écarlates… » Eh oui, la langue française est si pleine de paradoxes que nous en perdrions presque notre latin !

9. « Sans dessus dessous » ou « Sens dessus dessous » ?

Spontanément, pour cette expression pointant un très grand désordre, on pourrait imaginer que la traduction littéraire serait « sans dessus ni dessous ». Cependant l'orthographe correcte est bien « sens dessus dessous », dans le sens où justement il n’y a plus aucun sens. Grâce au Projet Voltaire et à l’expertise de Bruno Dewaele, nous pouvons ajouter que l’orthographe originale de cette expression était « ce dessus dessous ». Puis elle a mué en « cen dessus dessous ». Ce « cen » était en fait une contraction de « ce » et de « en », signifiant que le dessus se retrouvait en dessous.

10. « Cent vingt » ou « Cents vingt » ?

Après l’épineux problème concernant les couleurs, voici un autre sujet avec lequel on se fâche facilement, les chiffres. Le cas du nombre cent en particulier pose souvent souci. Voici donc la règle d’or à retenir pour ne plus se tromper. De manière générale, au pluriel, vous devez bien ajouter un -s. En revanche si le nombre cent est suivi d’un autre déterminant numéral, comme c’est le cas pour « cent vingt » par exemple, n’accordez pas. Cette remarque ne tient pas compte du million et du milliard, qui ne sont pas considérés comme des déterminants numéraux mais comme des noms communs.

Conclusion

Et voilà ! Cette liste ne tient évidemment pas compte de toutes les fautes de ce genre que nous avons pour coutume de faire au quotidien. Il s’agit néanmoins d’un échantillon suffisamment fourni pour refléter toute la fantaisie de notre langue… qui peut parfois se révéler être un véritable casse-tête !

Chloé