Ce que les maisons d’édition regardent en priorité dans un manuscrit

Ce que les maisons d’édition regardent en priorité dans un manuscrit

Le traitement des manuscrits par les maisons d’édition peut sembler assez opaque. On déverse tout notre cœur et notre application dans un texte. On l’envoie. On reprend le cours de notre vie pendant des semaines, des mois… Et puis une réponse. Positive ou négative. Mais que s’est-il passé entre temps ? Quels aspects de votre manuscrit ont été disséqués ou scrutés à la loupe ?

Comment sont traités les manuscrits par les maisons d’édition ? Que regardent-elles en priorité pour effectuer leur sélection ? 

Avant la lecture du manuscrit

Oui, avant même qu’on se penche sur votre texte, plusieurs éléments parlent déjà pour vous et peuvent influencer l’opinion d’un éditeur. Un peu comme lorsqu’un professeur corrige une copie, mieux vaut que la présentation soit soignée !

-          Le corps du mail ou la lettre d’accompagnement de votre manuscrit papier : Ce texte a en premier lieu pour vocation de vous présenter en tant qu’auteur et bien sûr de présenter votre manuscrit. Il permet de justifier votre démarche et de montrer votre sérieux. En effet, il est fortement recommandé de personnaliser ce texte en fonction de la maison à laquelle vous vous adresser. Notons toutefois que ce texte n’est pas obligatoire, sa présence dépend des prérequis de la maison en question.

-          Les coordonnées : Si elles ne sont bien sûr pas analysées, leur présence est indispensable. N’oubliez pas de les mentionner dans leur intégralité lorsque vous enverrez votre manuscrit !

-          La mise en page : Cet élément concerne votre manuscrit en lui-même. Certains auteurs apprécient appliquer une mise en page fantaisiste et personnalisée. Or dans les faits, mieux vaut privilégier une mise en page propre et sobre. La personnalisation sera réfléchie plus tard lors du processus de fabrication de l’ouvrage. En attendant, optez pour une police basique (Times news Roman, Calibri, Arial, Cambria…) et veillez à respecter les règles de mise en page.

-          La note d’intention/synopsis détaillé/tout autre document que la maison serait susceptible de demander : Si vous projetez d’envoyer votre manuscrit par voie postale, ces informations devront être fournies dans votre lettre d’accompagnement. En ligne en revanche, il est possible qu’on vous demande des documents spécifiques comme une note d’intention, un résumé ou autre. Dans les deux cas il est important de ne pas négliger cette étape, pouvant susciter un intérêt ou au contraire desservir votre texte.

Pendant la lecture du manuscrit

Remarque : L’éditeur ou le comité de lecture n’a souvent malheureusement pas le temps de lire intégralement toutes les soumissions. C’est pourquoi le début d’un manuscrit est déterminant. Dès les 30 premières pages, il est déjà possible d’observer les éléments suivants :

-          La qualité de la langue : l'orthographe, la syntaxe, la grammaire… : Bien sûr quelques coquilles passées entre les mailles du filet ne sont pas rédhibitoires, mais une proportion trop importante d’erreurs peut malgré tout avoir un impact. Un manque de sérieux et de rigueur pourrait vous être reproché.

-          Le style : C’est un juste équilibre à trouver. Pas trop lourd, maladroit, pédant, ou pas assez détaillé… Le style doit mettre en valeur votre contenu. Il est souvent l’ingrédient permettant d’accrocher le lecteur ou au contraire de le rebuter. Pour les éditeurs, il s’agit exactement de la même chose.

-          La structure : En effectuant un zoom arrière, on regardera aussi la longueur, la cohérence et l'homogénéité de vos chapitres ou sections. À plus grande échelle ce point est également valable pour la trame générale. En bref, votre manuscrit doit avoir des fondations solides pour tenir debout. Il peut être pertinent d’insérer un sommaire en début de manuscrit ou une table des matières à la fin pour apporter de la clarté.

-          L’intrigue : Même si celle-ci a sans doute déjà été examinée dans un résumé, la voir racontée peut en changer la perception, y compris dès le début. On va alors vérifier que cette intrigue n’est pas trop clichée comme cohérente avec le genre revendiqué et la ligne éditoriale de la maison.

-          L’étincelle supplémentaire : Parfois la magie opère au-delà des critères, une osmose entre un texte et un éditeur apparaît comme une évidence…

À noter : Si un manuscrit n’est pas retenu, cela n’a pas forcément de lien avec sa qualité. Une maison d’édition possède une ligne éditoriale à respecter, elle doit par ailleurs tenir compte de contraintes budgétaires et matérielles. Même si tous les autres critères sont réunis, parfois un rendez-vous ne peut pas avoir lieu. Beaucoup de très bons manuscrits sont ainsi refusés chaque année, et seul 1% des soumissions accède au précieux sésame de la publication.

Les rendez-vous manqués auteur/éditeur dans l’Histoire littéraire

-          Marcel Proust, Du Côté de chez Swann : Pour la première fois publié à compte d’auteur en 1913 dans une maison encore jeune à l’époque, Grasset, Proust a commencé par essuyer plusieurs refus. Fasquelle, Ollendorf, et aussi la NRF, la future maison Gallimard. Cette dernière s’en est ensuite mordue les doigts, au point qu’André Gide a adressé une lettre à l’auteur son regret.

-          J.K. Rowling, Harry Potter : Devenu un succès mondial, les aventures du jeune sorcier à Poudlard ont commencé par être dédaignées par 12 maisons avant d’être acceptées par Bloomsburry. Pour quelle raison ? L’ouvrage était souvent considéré comme trop dense pour un roman jeunesse.

-          Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent :Plus impressionnant encore, ce classique a manqué 38 contrats d’édition pour finalement devenir un best-seller vendu à plus de 33 millions d’exemplaires et adapté au cinéma.

-          Stephen King, Carrie : Au bout d’une trentaine de refus, l’auteur avait fini par jeter son histoire à la poubelle. Sa femme, persuadée de son potentiel, l’a encouragé à continuer, et c’est la raison pour laquelle nous connaissons tous à présent cette histoire.

-          Françoise Sagan, Bonjour tristesse :Seulement âgée de 18 ans, l’auteure a elle aussi dû faire preuve de persévérance avant de pouvoir signer chez Julliard.

Conclusion

Si la sélection des manuscrits repose sur des critères bien définis, il existe toujours une part d’incertitude. En cas de refus, n'hésitez pas à conserver les retours faits sur votre ouvrage pour l’améliorer, et retenter votre chance. Le travail et la bonne volonté seront toujours vos meilleurs alliés dans le sinueux parcours de la publication. Et au bout du compte, vous n’en serez que plus fier d’obtenir une proposition de contrat !

Chloé