Quand on parle « description », on pense souvent à Balzac et ses longues descriptions de dix pages consacrées à un magasin d’antiquités ou une pension. La description serait ennuyeuse, rébarbative… Pourtant, elle joue un rôle majeur dans l’élaboration d’un ouvrage.
Qu’est-ce que la description ? Comment la reconnaître ? En quoi est-elle utile dans l’écriture ?
La description, un type textuel
Avant toute chose, difficile d’évoquer la description sans mentionner sa sœur jumelle, la narration. Toutes deux appartiennent à la famille des types textuels. Autrement dit, des sous-catégories servant à caractériser un texte. Nous pouvons également citer le type argumentatif, explicatif, ou même dialogal !
Pour un texte littéraire, considérons que la narration, le dialogue, et bien sûr la description sont majoritaires. Pour autant, cela ne signifie pas que les autres types sont complètement absents. Il n’est pas exclu que vous retrouviez de l’explicatif dans un roman, pour poser un cadre historique auprès du lecteur par exemple. Surtout, ces types se confondent très facilement. Un passage peut tout à fait être à la fois descriptif et dialogal, ou injonctif et explicatif…
Quand a-t-on besoin de description ?
Si on y prête attention, plusieurs moments-clés sont propices au déploiement de la description. Les introductions d’un personnage, d’un lieu, d’un objet sont des passages privilégiés pour ce type de texte. Ils figent le récit, basé dans un cadre temporel particulier. La description, quant à elle, s’émanciper de ce cadre pour fournir des informations supplémentaires pour prolonger l’histoire. On décrit des apparences, des caractères des émotions… mais pas des actions. Ces dernières sont réservées à la narration, dont les codes linguistiques ne sont pas similaires à ceux de la description.
Quelques indices pour repérer une description
- Des verbes d’état : être, paraître, sembler, demeurer… Ils s’opposent aux verbes d’action, caractéristiques de la narration.
- Des adjectifs qualificatifs et des groupes nominaux comportant un attribut
- Des verbes conjugués au présent ou à l’imparfait
- Des propositions subordonnées relatives et/ou circonstancielles.
- Des figures d’analogie : métaphore, comparaison…
- Des connecteurs spatio-temporels : là, en haut, en bas…
À quoi sert la description ?
Il ne s’agit pas tant de calquer le réel ou une projection mentale que d’en proposer une interprétation. Celle-ci peut se rapprocher de la neutralité ou au contraire tendre vers une subjectivité assumée. Ce choix conduit à forger l’atmosphère du livre, tout comme à stimuler l’imagination du lecteur. Ce type de texte est également un terrain propice au surgissement de figures de style apportant des plus-values diverses. Mais plus précisément, quelles sont les fonctions de la description ?
- Esthétiser : La description contribue à enrichir un texte, elle a ainsi une fonction d’agrémentation. L’ekphrasis, soit la description d’œuvres d’art, exploite cette propriété. C’est ce qui se passe dans l’Iliade d’Homère, où le bouclier d’Achille est dépeint avec une grande précision. Ainsi, esthétiser un texte fait partie des fonctions les plus anciennes de la description.
- Refléter/Symboliser : Derrière une banale description, on porte parfois un message plus complexe. En décrivant un paysage par exemple, on peut chercher à faire un parallèle entre l’Homme et la Nature. C’est ce qui se produit dans le cas d’un anthropomorphisme. La Nature est perçue à travers un biais humain, répondant à des repères valables pour les Hommes.
Exemple : « Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je serai heureux. À quatre heures, je serai inquiet et agité ; je découvrirai le prix du Bonheur ! » (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince). Dans cet exemple, le renard prend la parole pour exprimer des émotions, comme le ferait un être humain.
- Renfermer une part de narration : Cela peut sembler contradictoire, mais la description peut aussi servir le récit d’un point de vue narratif. Comme nous l’avons évoqué précédemment, il existe des passages à la frontière. Alors la description devient tellement vivante qu’elle constitue une partie de la narration. L’hypotypose illustre parfaitement ce phénomène. Cette figure de style consiste à décrire une scène de façon saisissante, de sorte que le lecteur a l’impression qu’elle se déroule sous ses yeux. En fait, la quantité d’allusions sensorielles participe à nous immerger dans le décor.
Exemple : « Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare/Croustillé d’or,/Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches/Et l’or mielleux des cloches…/J’avais soif/Et je déchiffrais des caractères cunéiformes/Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place/Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros » (Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France) Dans cet exemple, la métaphore filée du gâteau, associée au goût, et la vue permettent d’accrocher l’attention du lecteur.
- Développer l’évaluation autour d’un personnage : Souvent, une description se fait par le prisme d’un personnage. C’est aussi une manière de développer son regard sur les personnes et les objets qu’il rencontre, et donc de cultiver sa singularité.
Exemple : « La racine du marronnier s’enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c’était une racine. Les mots s’étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d’emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J’étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j’ai eu cette illumination. » (Jean-Paul Sartre, La Nausée). Dans cet exemple, la subjectivité du narrateur a une place prépondérante. Le marronnier devient une créature étrange et effrayante, et le narrateur partage son trouble à travers sa description.
Références pour la description dans la littérature
- Gustave Flaubert, Madame Bovary (1857)
- Honoré de Balzac, Illusions perdues (1837-1843)
- Emile Zola, Au Bonheur des dames (1883)
- Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830)
De manière générale, les auteurs réalistes du 19e siècle sont de très bonnes sources en matière de description, n’hésitez pas à aller y jeter un coup d’œil !
Conclusion
Nous l’avons vu, la description est bien plus intéressante à étudier qu’on pourrait le croire. Elle n’est pas juste ennuyeuse et rébarbative, bien au contraire. Elle dispose d’un potentiel énorme qui rend grâce à un texte. Alors la prochaine fois que vous tomberez sur une longue description, peut-être la considérerez-vous sous un jour nouveau ?
Chloé

