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Les néologismes, ces abracadabrantesques ovnis de la prose

Un dictionnaire ouvert, où sont absents les néologismes

Introduction

Est-ce qu’il vous arrive parfois, alors que vous êtes pris dans l’intrigue d’une histoire, de buter contre un mot étrange ? Si c’est le cas, il ne s’agit sûrement pas d’une coquille ou d’une erreur de langue mais sans doute d’un néologisme. Fleurissant dans la littérature comme dans le langage courant, on oublie parfois à quoi correspond ce phénomène.

D’où proviennent les néologismes ? Quelle plus-value apportent-ils à des textes littéraires ?

Qu’est-ce qu’un néologisme ?

Terme dérivé du grec neos signifiant « nouveau » et de logos signifiant « discours », le néologisme désigne tout simplement la création d’un mot. Celui-ci peut être formé à partir d’une base lexicale ou non, par fusion de plusieurs mots, ou emprunté à une langue étrangère. Il peut renvoyer à une réalité nouvelle ou au contraire très ancienne, selon les besoins d’une société. Si les néologismes paraissent saugrenus à la lecture ou à l’oreille, il ne faut pas oublier le destin de la plupart d’entre eux : s’intégrer à la langue française. « kiffance », « dinguerie », ou même « adulescent » étaient à l’origine des néologismes. Et pourtant les lexicologues les ont admis au sein de leurs dictionnaires. Certains concepts littéraires sont d’ailleurs aujourd’hui largement acceptés. C’est le cas du « spleen » de Charles Baudelaire ou de l’« Utopie » de Thomas More par exemple.

À saupoudrer pour colorer ses textes…

User de néologismes en littérature s’inscrit dans une démarche stylistique, quelle que soit l’école ou le mouvement dont fait partie l’auteur. Ces créations autorisent une plus profonde expressivité dans les textes, tout en les imprégnant d’un charme pittoresque. Elles peuvent être vectrices d’humour, comme en témoignent les travaux réalisés par des auteurs du XXe siècle comme Raymond Queneau ou Boris Vian. Surtout, elles permettent d’attiser la curiosité du lecteur et de stimuler son imagination en proposant une expérience extravagante et amusante. Au-delà d’un renouveau lexical, il s’agit donc aussi d’un renouveau littéraire explorant d’autres formes d’expression.

D’un autre point de vue, les néologismes peuvent s’avérer être des ingrédients intéressants dès lors que l’on souhaite construire et déployer un univers crédible. Ils sont ainsi particulièrement efficaces pour des genres tels que la science-fiction, l’utopie/dystopie, le merveilleux, ou la fantasy. C’est la raison pour laquelle, sans y songer, nous adhérons à un glossaire de plus en plus fourni. Où les Lilliputiens côtoient les Hobbits, où les Chrones peuvent parler novlangue etc.

… Uniquement avec le bon dosage

Il faut toutefois savoir se montrer prudent. Abuser des néologismes peut se montrer contre-productif. En effet, un lecteur confronté à une trop grande quantité de mots étrangers à son vocabulaire est déstabilisé et peut alors décrocher de l’histoire. Il est donc plus judicieux de trouver le juste équilibre, d’autant plus que certains néologismes peuvent lui rester opaques. Soit par soucis d’incompréhension totale, soit parce que l’interprétation qui en est faite est ambigüe. Et en pareille situation, impossible de se référer à un dictionnaire délivrant une définition générique. L’une des solutions possibles peut consister à inclure un glossaire à la fin du livre pour expliciter les termes spécifiques à la production littéraire. Tout en veillant à manipuler les néologismes avec parcimonie bien sûr !

Quelques œuvres teintées de néologismes 

Conclusion

Alors que pensez-vous du néologisme ? Obstacle rédhibitoire ou prolongement d’un univers ? Si vous écrivez à vous de trouver votre identité, avec ou sans néologismes. Si vous êtes lecteur, vous pouvez faire le choix de vous tourner vers des genres usant de néologismes. Ou, si vous préférez, vous pouvez attendre que les mots en question vous deviennent familiers.

Crédit image : pixabay

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