Piraterie littéraire : à l’abordage d’un phénomène fragilisant la chaîne du livre

Dans un précédent article, nous avons évoqué les différences entre pastiche et plagiat et introduit la notion de contrefaçon. Ici nous allons aborder une infraction parente, et tout aussi néfaste pour la production littéraire, la piraterie.

Qu’est-ce que la piraterie littéraire ? En quoi impacte-t-elle le secteur du livre ?

Définition

En premier lieu, la piraterie désigne toute appropriation ou pillage illégal. Du secteur maritime le terme s’est ensuite étendu au domaine intellectuel et artistique. Dans ce cadre, la piraterie littéraire est une violation du droit d’auteur consistant à copier ou diffuser une œuvre protégée, sans autorisation des ayants-droit. En général, cet acte vise un gain financier. La piraterie n’inclut pas forcément une usurpation de la paternité, mais demeure une atteinte au droit d’auteur, aussi bien aux droits moraux que patrimoniaux. On distingue en général deux sous-catégories, qui ne sont pas toujours cumulées :

  • Le plagiat : on reprend et réécris une œuvre sans demander l’autorisation de l’auteur, sans le citer non plus.
  • La diffusion : on rend illégalement accessible une œuvre, souvent en passant par le piratage informatique.

Il ne faut pas confondre le piratage, soit l’acte matériel de copie ou d’accès illégal, et la piraterie. Cette dernière est le nom générique de l’infraction. Elle se distingue également des démarches de pastiche et d’intertextualité, légales et assumées.

Sur le plan numérique

Si cette infraction concerne bien sûr les productions imprimées, la proportion du numérique est prépondérante quand on parle de piraterie. Or, ce format est de plus répandu. En 2023 le SNE, le Syndicat National de l’Édition, estimait à 10% la part des e-books au sein du marché du livre français. Un pourcentage suffisant pour placer la France au 7e rang du piratage éditorial au niveau mondial.

Concrètement, comme l’indique la société spécialisée MUSO, cela représente 2,06 milliards de visites sur des sites illégaux diffusant des livres numériques. Des chiffres permettant de prendre conscience de l’importance du piratage dans le champ éditorial.

Et les IA dans tout ça ?

La question des IA génératives fait polémique concernant la piraterie littéraire. Après tout, elles sont par essence des bases de données ; elles pillent donc les œuvres dont elles sont nourries pour générer un texte. En plus de ça, elles se montrent relativement opaques dès lors qu’il s’agit de leurs sources.

Cependant, les entreprises propriétaires de ces IA sont de plus en plus vigilantes à ce sujet, si bien que parfois vos requêtes peuvent parfois être censurées. Pour le moment, faute de recul nécessaire, il reste difficile de trancher la question. Soyons cependant sûrs que ce débat va constituer l’un des enjeux fondamentaux futurs en matière de droit d’auteur.

Conclusion 

La piraterie littéraire, issue d’un mouvement ancien, trouve dans le format numérique et l’essor des IA un moyen de s’étendre et de prospérer. Avoir recours à ce type d’infraction peut être attrayant pour ses adaptes, pour accéder à une œuvre protégée à moindre coût. Néanmoins, cela pénalise en réalité toute la chaîne du livre.

On songe souvent aux auteurs, dont les droits sont effectivement bafoués, mais la piraterie impacte aussi les libraires, éditeurs, imprimeurs, diffuseurs… Tous ces acteurs prennent un risque financier en s’investissant dans la publication et la promotion d’un ouvrage. Et c’est la raison pour laquelle les actions des pirates littéraires ne sont pas associables à l’imaginaire transgressif et libre du personnage romanesque.

Crédit image : pexels

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