Après avoir étudié ensemble la littérature de l’Absurde, nous continuons l’exploration du 20e siècle en abordant le Nouveau Roman.
Qu’entendons-nous par « Nouveau Roman « ? Quels sont les thèmes de ce courant ?
Le contexte
À la fin des années 50, la France connaît une période de prospérité économique favorable au développement d’une société de consommation. Cette altération du modèle invite l’art à refléter les changements qu’il perçoit dans la société. Ainsi fleurissent des courants tels que le théâtre d’avant-garde ou la Nouvelle Vague au cinéma. L’objectif est de remettre en cause la bourgeoisie, mais surtout de retrouver une authenticité disparue.
Naissance du courant
Les publications d’écrivains comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute ou encore Michel Butor font scandale. Lorsque paraît le roman La Jalousie de Robbe-Grillet aux Éditons Minuit, un critique le qualifie péjorativement de « Nouveau Roman ». L’éditeur Jérôme Lindon décide de reprendre cette expression pour promouvoir ses auteurs. Il s’agit pour la plupart de nouveaux talents marginaux, qu’il défend pour surmonter les dettes accumulées depuis la Seconde Guerre mondiale. La revendication du « Nouveau Roman » rappelle l’histoire de l’impressionnisme, lui aussi victime d’une mauvaise critique à travers Impression soleil levant de Claude Monet.
Pour autant, le Nouveau Roman ne devient pas une école au sens strict du terme, il n’a ni manifeste ni chef de file. Un colloque organisé par Jean Ricardou en 1971 permet toutefois de réunir les auteurs majeurs du Nouveau Roman pour le théoriser. À partir de ce moment, on désignera ce courant comme « l’hydre à sept têtes », mais le colloque révèlera finalement les disparités entre ses membres. Le Nouveau Roman se veut davantage être un courant disparate et libre plutôt que figé et codifié.
Les fondements
- La remise en question du roman traditionnel : Les auteurs appartenant au Nouveau Roman rejettent l’artificialité composant la narration. Ils essaient de capturer l’essence du réel en se détachant des conventions (focalisation unique, intrigue linéaire…). Le but est de briser l’illusion mise en place par le roman, un peut comme on brise le quatrième mur au théâtre.
- Une déconstruction des personnages : Pour ces écrivains, le personnage n’est pas un type. Dans leurs œuvres il est souvent anonymisé, comme dans les romans de Nathalie Sarraute, ou désigné par des initiales comme dans La Jalousie. Il arrive aussi qu’il soit désigné par des pronoms indéfinis chez Michel Butor. Il n’a souvent pas un passé clairement défini non plus. De cette manière, le lecteur doit lui-même fournir l’effort de construction du personnage. Cette vision pousse encore plus loin la notion de caractérisation indirecte. En résumé, les nouveaux romanciers visent davantage de psychologie et moins de narration traditionnelle.
- Une attention aux mots et au langage : Dans cette conception de la littérature, les mots et leur sonorité prennent une place prépondérante. Ils deviennent une matière première à travailler. Dans Enfance, Nathalie Sarraute emploie une langue fragmentaire, sensorielle. Le but est de traduire des souvenirs autrement, de sortir des modèles convenus des récits autobiographiques à travers un style épuré.
- Une focalisation décalée : Le Nouveau Roman ne privilégie pas la focalisation omnisciente. Au contraire, le point de vue se rapproche plus de ce qu’on peut trouver au cinéma. Les scènes deviennent des successions de plans, pour déconstruire d’une autre façon la narration.
Les œuvres majeures du Nouveau Roman
- Nathalie Sarraute, L’Ère du soupçon (1956) : Cet essai est fondamental dans l’élaboration du Nouveau Roman, et influencera grandement ceux qui vont suivre.
- Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman (1963)
- Michel Butor, Essais sur le roman (1964)
- Jean Ricardou, Pour une théorie du nouveau roman (1964)
Et bien d’autres ! Dans la mesure où tous les auteurs n’ont pas la même conception du Nouveau Roman, il en existe de nombreuses déclinaisons.
Conclusion
Le 20e siècle est un siècle d’expérimentation littéraire audacieux et hétéroclite. Le 21e siècle hérite nécessairement de ce caractère, tout en renouant avec des structures romanesques plus conventionnelles. Il n’empêche que des courants comme le Nouveau Roman ont pulvérisé des barrières qui auraient pu contraindre les écrivains contemporains. On retiendra donc cette citation de Jean Ricardou, énoncée lors de son colloque à Cerisy-la-Salle en 1971 : « Le récit n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture. » Qu’est-ce que vous en pensez ? Êtes-vous prêt à vous lancer dans l’aventure ?
Crédits image : pixabay
Chloé

