On entend sans cesse de nouveaux conseils en matière d’écriture. « Si tu veux arriver au bout de ton roman fais ci… » « Voici la méthode imparable pour produire un bon récit… ». Mais ces conseils, souvent catégoriques, méritent parfois d’être nuancés. Comme bien souvent, la clé se trouve dans l’équilibre.
Quels sont les conseils d’écriture qu’on a coutume d’entendre ? Pourquoi faut-il les prendre avec des pincettes ?
1. Écrire tous les jours
« Ce qui compte, c’est la régularité. » Dans l’absolu, c’est vrai. Mais se forcer au point de se dégoûter de son propre projet serait contre-productif. On ne va pas se mentir, il faudra parfois sacrifier des soirées… Pour autant, sauter quelques jours d’écriture ne mettra pas en péril l’aboutissement de votre texte. Au contraire, rien de tel que de s’aérer l’esprit pour débloquer l’inspiration et dédramatiser.
2. Calquer son histoire sur les structures narratives canoniques
Nous serons les premiers à le reconnaître, étudier les travaux des narratologues vous fera incontestablement progresser dans votre carrière d’écrivain. Pourtant, il serait vain de chercher à respecter à la lettre n’importe quel schéma narratif, actanciel ou quinaire… Autrement, le risque serait de produire des histoires stéréotypées, voire de ne pas parvenir à dépasser une structure basique.
3. Soigner ses dialogues
Ce conseil est fondamental, mais souvent mal interprété. On pense souvent que soigner ses dialogues signifie rédiger des paroles sophistiquées et multiplier les incises. Alors qu’en fait, il faut penser réalisme. Qu’est-ce que cela signifie ? Concrètement, songez à l’oralité. Inutile d’écrire « Prends garde au feu, dépêche-toi ! » Dans une situation d’urgence, un personnage dira simplement « Attention ! Vite ! ».
De même, si votre dialogue est fluide, vous n’aurez pas besoin d’inclure systématiquement une incise pour préciser quel interlocuteur prend la parole. Les incises sont utiles, seulement si elles sont dosées convenablement.
4. Ne rien faire lire avant d’avoir fini le premier jet
Pour ce conseil, il convient de déterminer quelle méthode vous correspond le mieux. Certains sont très pudiques concernant leurs écrits. C’est pourquoi ils préfèrent attendre d’avoir achevé un premier, voire un second, jet avant de le faire lire par des tiers. Seulement, certains auteurs, qu’ils soient expérimentés ou non, auront besoin d’avis extérieurs pour trouver dans quelle direction avancer. L’écriture n’est pas exclusivement une activité solitaire.
Dans un cas comme dans l’autre, il est nécessaire de mettre son amour propre de côté pour savoir remettre en cause son texte. Remanier intégralement un manuscrit est quelquefois une étape incontournable pour exploiter au maximum une idée.
5. Effectuer un travail préparatoire ultra détaillé
Globalement, il existe deux principales écoles. Les auteurs privilégiant un plan très précis, et ceux qui préfèrent écrire au fil de la plume. Dans le jargon, on appelle ça les plotters et les pantsers. Une fois encore, nous vous recommanderons d’appliquer la méthode qui vous convient le mieux. Il est fréquent d’entendre dire qu’avoir un plan chapitre par chapitre est une façon de faire supérieure et plus pratique. Dans les faits, ça n’est pas forcément adapté à tout le monde.
Toutefois, il est vrai qu’un peu d’organisation aide à consolider une structure narrative. C’est la raison pour laquelle nous vous recommandons, sans rigidité, de brosser une trame suffisamment précise pour vous guider sans museler votre inspiration du moment.
6. Travailler dans le silence
On nous martèle que la concentration est primordiale dans le processus d’écriture. « Préservez votre espace, et ne laissez personne y pénétrer. » Impossible alors de ne pas penser au célèbre essai de Virginia Woolf, Une Chambre à soi. Et si, bien souvent, les auteurs ont effectivement besoin d’un « atelier d’écriture », on a également tendance à présenter une image unique de ce dernier. Calme, rangé, épuré… Bref, un lieu qui ne laisserait place à aucune distraction extérieure.
Néanmoins, les écrivains sont des artistes et comme, pour tout artiste, leur art s’épanouit dans des environnements très divers. Un café, un parc, une bibliothèque, un salon… sont autant d’exemples d’ateliers d’écriture. Bruyants ou silencieux, désordonnés ou apaisants.
Conclusion
Vous l’aurez compris, il n’existe pas qu’une seule manière d’écrire. Inutile de hiérarchiser. Les conseils qu’on pourra vous prodiguer ont pour but de vous aider, et pas de vous imposer une méthodologie. Écrire constitue sans doute l’un des actes les plus libres qui soient, alors votre façon de faire mérite aussi de vous ressembler.
Chloé

