Le prix Femina

Après avoir parlé du prix Renaudot et du prix Goncourt, nous nous retrouvons cette semaine pour aborder un autre prix littéraire prestigieux, le prix Femina.

Histoire du prix

Le prix Femina a été créé en 1904. Comme le prix Renaudot, il a été inventé pour contrer le prix Goncourt. En effet, le prix Goncourt était très élitiste et ne récompensait que les hommes. Aucune place n’était donnée aux femmes que ce soit dans le jury ou dans les favoris. Et en 1904, c’est l’indignation : Myriam Harry qui est la grande favorite du public avec La conquête de Jérusalem ne sera pas récompensée par le jury du prix Goncourt.

Alors, 22 femmes, journalistes au magazine La Vie heureuse vont créer un prix, du même nom, pour établir une certaine égalité hommes-femmes en littérature avec le soutien de la comtesse Anna de Noailles. Elles décerneront donc leur premier prix à Myriam Harry.

À l’époque, les femmes publiaient beaucoup sous des pseudonymes masculins pour un minimum de reconnaissance. Imaginez, une époque où la femme n’avait pas le droit de vote… Il fallait bien trouver des solutions pour se faire une place en littérature. Selon Sylvie Ducas, maître de conférences en littérature française, pour le juré du prix Femina, il y a une réelle « revendication des femmes pour être reconnues comme écrivaines dans un monde qui les exclut symboliquement ».

Bien qu’il fût créé pour mettre les femmes à l’honneur, le prix Vie heureuse récompense également les hommes. Dès sa deuxième édition, c’est Romain Rolland qui remporte le prix pour Jean-Christophe alors qu’il faudra attendre 1944 pour qu’une femme remporte le prix Goncourt. Il s’agira d’Elsa Triolet – connue également sous le pseudonyme Laurent Daniel – pour son ouvrage Le Premier Accroc coûte deux cents francs.

Le prix Vie heureuse change de nom à la fin de la Première Guerre mondiale. Il n’a pas été décerné entre 1914 et 1916. Hachette qui est le propriétaire du magazine La Vie heureuse, et Pierre Lafitte, le fondateur du magazine Femina, s’associent pour que le prix littéraire perdure après la guerre. Il devient alors le prix Femina-Vie heureuse en 1918 puis à partir de 1922, il se nommera définitivement le prix Femina. Changement dans le jury : il passe de 22 membres à 12, mais reste composé exclusivement de femmes.

Quelle récompense au prix Femina ?

Le prix Femina récompense une œuvre de langue française écrite en prose ou en vers. Il est décerné chaque premier mercredi de novembre.

Le lauréat n’empoche aucune somme d’argent. Mais comme pour le prix Renaudot ou le prix Goncourt, l’impact sur les ventes est conséquent. Un prix Femina se vend généralement entre 40 000 et 100 000 exemplaires.

Les autres prix

Comme le prix Goncourt et le prix Renaudot, le prix Femina se décline en plusieurs versions :

Le Femina des lycéens

Le Femina des lycéens a été créé en 2016 à l’initiative du rectorat de Rouen, en accord avec le jury du prix Femina. Chaque année, il est attribué par un jury de lycéens normands en classe de première. C’est la région académique de Normandie qui pilote l’opération. 12 classes normandes y participent, et 4 classes de l’académie de Lille, soit 500 lecteurs.

Un auteur ne peut figurer sur la liste du Femina s’il a obtenu au cours des trois dernières années le Femina des lycéens. 

Pour plus d’informations : Sixième édition du prix Femina des lycéens | Académie de Normandie (ac-normandie.fr)

Le Femina étranger

Créé en 1985, il décerne chaque année une œuvre littéraire écrite en langue étrangère traduite en français.

Le Femina essai

Fondé en 1999, il est remis à l’automne le même jour que le prix Femina et le prix Femina étranger à un essai.

Zoom sur le prix Femina en 2022

Après le prix Goncourt et le prix Renaudot, c’est le jury du prix Femina qui a dévoilé sa sélection le 8 septembre. Ont été retenus seize auteurs français et seize étrangers.

Parmi les français, Grégoire Bouillier Le cœur ne cède pas  et Yves Ravey pour Taormine, qui font partie de la sélection du Goncourt et du Renaudot, ont retenu l’attention du jury féminin.

Le verdict sera donné le 7 novembre au musée Carnavalet.

Parmi les 16 titres français retenus, 10 concourent au Femina des lycéens. Cette année, ce dernier sera décerné à Caen le 2 décembre.

LA SÉLECTION ROMANS FRANÇAIS

L’Inventeur, Miguel Bonnefoy (Rivages)

Le coeur ne cède pas, Grégoire Bouillier (Flammarion)

Long Island, Baby, Thierry Clermont (Stock)

On était des loups, Sandrine Collette (JC Lattès)

Vivre vite, Brigitte Giraud (Flammarion)

Le Dernier des siens, Sibylle Grimbert (Anne Carrière)

Un chien à ma table, Claudie Hunzinger (Grasset)

Quand l’arbre tombe, Oriane Jeancourt Galignani (Grasset)

Petite soeur, Marie Nimier (Gallimard)

Trouver refuge, Christophe Ono-dit-Biot (Gallimard)

Tenir sa langue, Polina Panassenko (L’Olivier)

Taormine, Yves Ravey (Minuit)

GPS, Lucie Rico (POL)

Un singe à ma fenêtre, Olivia Rosenthal (Verticales)

L’Heure des oiseaux, Maud Simonnot (L’Observatoire)

L’Épouse, Anne-Sophie Subilia (Zoe)

LA SÉLECTION ROMANS ÉTRANGERS

Le Choix, Viola Ardone (Albin Michel)

Oh, Canada, Russell Banks (Actes Sud)

Mes fantômes et moi, Gabriel Byrne (Sabine Wespieser)

Le Cartographe des absences, Mia Couto (Metailié)

La Dépendance, Rachel Cusk (Gallimard)

La Douceur de l’eau, Nathan Harris (Philippe Rey)

Le 34 septembre, Angelica Klüssendorf (Chambon)

Les Abeilles grises, Andreï Kourkov (Liana Levi)

Le Lâche, Jarred Mc Ginnis (Metailié)

Stern 111, Lutz Steiler (Verdier)

Nous les Allemands, Alexander Starrit (Belfond)

En mémoire de la mémoire, Maria Stepanova (Stock)

Real life, Brandon Taylor (La Croisée)

Le Magicien, Colm Toibin (Grasset)

Une rétrospective, Juan Gabriel Vasquez (Seuil)

Vers le paradis, Hanya Yanagihara (Grasset)

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